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Deux satellites Marocains: Pourquoi ?

Deux satellites Marocains: Pourquoi ?

Le 14-11-2017 à 09:40:09

Dans la plus grande discrétion, le Maroc a signé un accord à 500 millions d’euros avec la France en 2013 pour l’achat de deux satellites de haute technologie, qui seront pilotés depuis une salle d’opérations spatiales dépendant du Centre royal de télédétection spatiale (CRTS), installé à l’est de l’aéroport de Rabat, commandé par le général Hosni Benslimane.

Le lancement par le royaume, mercredi dernier, de son premier satellite, baptisé « Mohammed VI-A », en attendant la mise en orbite, début 2018, d’un deuxième similaire, «Mohammed VI-B», suscite beaucoup d'interrogations.

D’aucuns se demandent, en effet, pourquoi et quelles sont les raisons qui ont incité le Maroc à initier ce projet ?
Selon Abderrahmane Mekkaoui, expert marocain dans les affaires sécuritaires et militaires, il s’agit de satellites de surveillance civile et militaire, tendant à renforcer les dispositifs mis en place par le royaume pour lutter contre le terrorisme, l’immigration clandestine, le trafic de contrebande, ainsi que la piraterie dans le Golfe de Guinée.

L'expert qui évoque ainsi la menace grandissante de ces fléaux, souligne que le Maroc n’est pas le seul concerné par ces problématiques qui inquiètent tous les pays, sachant que le royaume fait désormais partie du cercle restreint de pays détenant la technologie d’observation spatiale dont seules l’Égypte et l’Afrique du Sud font partie sur le continent africain.

Pour sa part, l’expert Mohamed Akdid considère effectivement ces satellites comme un gage de sécurité non seulement pour le Maroc, mais aussi pour ses voisins africains et européens qui subissent également la menace terroriste, entre autres.
Or, les satellites marocains semblent susciter plutôt de l’inquiétude chez nos voisins, notamment Algériens.

Mais, apparemment ils auraient été rassurés par leur ministre des Affaires étrangères, son excellence Abdelkader Messahel, qui aurait vite trouvé l’explication : pour lui, les satellites marocains sont seulement destinés à transporter du haschich pour le vendre aux extra-terrestres !

Ainsi, le mercredi 8 novembre courant à 1h42 mn 30 s GMT, une fusée Vega a décollé depuis Kourou en Guyane. À son bord, le « Moroccan EO Sat1 », rebaptisé «Mohammed VI-A» : le premier satellite marocain d’observation, construit par Airbus et Thales Alenia Space. Il s’agit de la première composante d’un système d’imagerie spatiale baptisé « Pleiades » constitué de deux satellites placés sur la même orbite à 694 kilomètres de la Terre, capables de fournir des clichés de n’importe quel point du globe en moins de 24 h et des photographies aux acteurs civils et militaires en très haute résolution (70 centimètres).

Selon le Centre national d’études spatiales (CNES, France), maitre d’œuvre de ce projet, « il est possible d’obtenir une image de n’importe quel point de la planète en moins de 24 heures. Les clichés acquis sont utilisés à des fins tout à la fois civiles et militaires : « il peut ainsi s’agir de suivre l’expansion des grands centres urbains, de surveiller l’activité des grands volcans de la planète ou d’aider à l’élaboration des tracés routiers et ferroviaires. Mais ces photographies peuvent aussi servir à localiser des installations militaires ou prévenir une intervention armée », explique le CNES- France qui ajoute que le Maroc ne compte pas en rester là. La durée de vie de ces satellites étant de cinq ans, Rabat se projette déjà dans un programme encore plus ambitieux, dont l’annonce sera faite en temps opportuns.

Pour le Maroc, l’objectif est de disposer d’un système d’observation spatiale permettant d’observer constamment une bande large de 800 km. L’utilité de l’observation spatiale est évidente pour le royaume qui dispose de 3500 km de côtes sur l’océan Atlantique et la Méditerranée. Cela inclue les usages pour une meilleure gestion de la surveillance des frontières, des activités cartographiques et cadastrales de l’aménagement du territoire, les tracés extrêmement précis des routes, autoroutes et voies ferrées, le suivi des activités agricoles, les prévisions météorologiques, les ressources forestières et des eaux de surface et souterraines, la prévention et la gestion des catastrophes naturelles, la surveillance des pilleurs de sable sur les côtes, le suivi des évolutions environnementales et de la désertification, Ceci à un moment où le royaume a adopté une stratégie environnementale audacieuse, dont les contours ont été présentés lors de la COP22 en novembre 2016 à Marrakech.

Outre la large palette d’usages civils, les deux satellites offrent aussi des applications militaires et stratégiques non négligeables. Cela pourrait aller de la surveillance des mouvements du Polisario, le front séparatiste soutenu par l’Algérie, à l’observation des activités des réseaux de trafic de drogue, des passeurs de migrants, des groupes terroristes qui montent en puissance en Afrique du Nord et surtout au Sahel, une zone de plus en plus menacée de déstabilisation par les groupes djihadistes, les terroristes et les réseaux criminels de tous bords.

Mais cette acquisition marocaine inattendue n’est pas passée sans inquiéter les voisins immédiats du Maroc, notamment l’Algérie et l’Espagne qui la voient plutôt comme une menace pour leur sécurité nationale et une avancée technologie qu’il sera difficile de battre dans un avenir proche.

Selon la presse madrilène, le Maroc a, non seulement pris un sérieux avantage sur son adversaire numéro Un, l’Algérie, mais également sur l’Espagne, notamment au niveau du Détroit de Gibraltar et des présides occupés de Sebta et Mellilia.

Quoique considérant le Maroc comme un pays ami avec lequel elle maintient une coopération intense et fructueuse, essentielle pour freiner l’immigration clandestine ou prévenir les attentats terroristes, l’Espagne voit néanmoins d'un œil méfiant que le royaume soit à même de passer au peigne fin la surface de n'importe quel territoire. La méfiance espagnole ne va pas jusqu’à l’appréhension, mais relève surtout de la vigilance, si l’on en croit un stratège militaire espagnol cité par le journal « El Pais » : « Il existe une série de litiges plus ou moins latents dont Ceuta et Melilla ou encore la délimitation des eaux territoriales, qui nous invitent à ne pas baisser la garde. Notre dissuasion a toujours été basée sur l’avantage technologique, mais si cet avantage se rétrécit, la dissuasion peut être diluée », a-t-il affirmé.

Côté Algérie, l’inquiétude est plus évidente par rapport à ce nouvel avantage stratégique que vient d'acquérir le Maroc. Le voisin de l’Est imagine que cela pourrait mettre à nu ses installations et le déplacement de ses équipements et de ses troupes militaires, et surtout les mouvements et les manœuvres du Polisario.

Pourtant, le Maroc se veut rassurant par la voix de son ambassadeur auprès de l’Union européenne, Ahmed Réda Chami qui a déclaré à la presse, le 26 octobre dernier, à Bruxelles. "Il faut noter qu’un satellite d’observation n’est pas forcément militaire. Il nous permettra de voir ce qui se passe sur le territoire, notamment en matière de météo et c’est important pour notre agriculture, et de surveiller les pilleurs de sable sur nos côtes", explique le diplomate marocain, ajoutant : "Il nous permettra aussi de voir ce qui se passe à nos frontières. Effectivement, nous revendiquons le droit à la modernité, mais personne ne devrait s’inquiéter parce c’est fait dans de bonnes intentions".
Peu rassurant pour l’Algérie dont la réaction ne s’est pas fait attendre. Les services sécuritaires algériens ont renforcé leur dispositif de surveillance électronique. Ainsi, des radars mobiles et fixes, des caméras infrarouges et des moyens aériens ont été déployés tout au long de la frontière avec le Maroc. Ce dispositif vient renforcer le projet de construction d’un mur également doté de capteurs électroniques et d’autres technologies hautement sophistiquées.

En outre, l’Etat major des armées algériennes a mis en place une commission des télécommunications et des technologies de l’Information pour superviser ce qu’ils appellent le « satellite-espion » marocain. Cette commission est composée de hauts gradés militaires et de responsables du ministère de l’Intérieur.

Les décideurs algériens expliquent ces lourds investissements par les menaces terroristes qui pèsent sur le pays et les trafics en tous genres qui y pullulent. Ainsi, l’objectif déclaré de l'Algérie est de sécuriser ses frontières. Mais la réalité est toute autre et il est évident que la priorité d'Alger est de contrer le Maroc.

On sait d’ailleurs que les connexions dangereuses de l’Algérie avec le terrorisme et le trafic, notamment, d'êtres humains, sont connues et reconnues surtout du côté du Sahel. Pourtant, dans cette zone, les frontières demeurent sous le seul contrôle des services sécuritaires algériens, qui ferment les yeux sur les trafics des séparatistes des camps de Tindouf, libres d'agir comme bon leur semble dans la région.

Selon Radio-France-inter (RFI), cette supériorité technologique marocaine rend folle l'Algérie où c’est la panique totale. « Alger qui s'arme à tour de bras se rend finalement compte de l'inefficacité stratégique des stocks d'armes qu'elle n'a eu de cesse d'accumuler depuis la levée de l'embargo militaire en 2006 »commente RFI sur son site, ajoutant : "Avec ce satellite, les Marocains pourront tout savoir des positions de l'armée algérienne et de celles des insurgés sahraouis au Sahara".

Quant aux dirigeants du polisario, ils n’ont pas encore soufflé mot sur cette nouvelle stratégie marocaine. Ils croient sans doute en la version de leur ami, le ministre propagandiste algérien Ssi Abdelkader Messahel..
PH : DR

Par : DR abdelhak bakhat




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