News Les failles structurelles qui empêchent l'émergence du Maroc
(Catégorie Economie)
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الثلاثاء 29 مايو 2018 - 11:03:13

29-05-2018 à 11:03:13
Le Maroc qui ambitionne de rejoindre le rang des pays émergents et de réussir un développement dynamique et équitable, s’est adressé à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) basée en France et dont la mission est de promouvoir les politiques qui améliorent le bien-être économique et social de ses pays membres et de chercher des solutions à leurs problèmes.
Si cette organisation reconnaît que le Maroc a entrepris, depuis le début du XXIème siècle, un agenda de réformes ambitieux et juge l'économie marocaine dynamique et internationalisée, elle ne considère pas moins que le royaume doit rattraper un écart en matière de compétitivité par rapport au reste du monde.
Compétitivité insuffisante, productivité peu élevée, inadéquation de la formation avec le marché de l'emploi et manque de cohérence des politiques sectorielles...tels sont les points qui émergent d’une analyse détaillée des faiblesses structurelles du Maroc dont les résultats figurent dans un rapport confidentiel de l’OCDE formulant de nombreuses recommandations au royaume.

Si le Maroc veut entrer dans le club des pays émergents, comme l'avait appelé de ses vœux le Roi dès 2014, le pays devra transformer son modèle de développement en profondeur, car actuellement ce modèle n'est pas suffisamment inclusif pour soutenir durablement la croissance, affirme l’OCDE avec laquelle le Maroc a signé un Programme-pays en 2015.
Ce rapport de 200 pages, qui s'inscrit dans le cadre de cette coopération, a pour objectif de soutenir les décideurs politiques marocains dans l'élaboration de stratégies appropriées visant à accélérer le développement du pays.
Il s’agirait, selon l’OCDE, de rattraper le retard de compétitivité par l'innovation...

En matière de productivité, seul un petit nombre d'entreprises marocaines ont des niveaux proches de la moyenne mondiale, avec de grandes disparités selon les secteurs d'activité.

Si l'hôtellerie se démarque par sa bonne productivité et 30% des entreprises marocaines dans la machinerie, 4,4% dans les produits alimentaires et 2,6% dans le textile atteignent le niveau des firmes performantes, par contre, dans la production de métaux et les services, par exemple, aucune entreprise n'atteint la moyenne mondiale.

L'OCDE note, par ailleurs, que les entreprises avec capitaux étrangers font partie des firmes les plus productives, ce qui n’est pas le cas des entreprises nationales.

Pour améliorer la compétitivité industrielle, les exportations et les investissements des entreprises marocaines, l'OCDE juge indispensable de soutenir l'innovation. En d’autres termes, les firmes doivent développer de nouvelles technologies et techniques qui leur permettront de produire et vendre, réduire les coûts de production et améliorer la qualité du produit.

L'OCDE se montre néanmoins optimiste, estimant qu'une part relativement importante des firmes marocaines innove par rapport à d'autres pays.

L’organisation insiste, toutefois, sur la nécessité de mettre en place des actions coordonnées par les entreprises, les centres de recherche et les politiques étatiques, pour structurer davantage l'innovation. Elle recommande également de rationaliser les efforts publics, notamment par une limitation du nombre d'intervenants en charge de cette innovation, et de donner les moyens au Centre marocain d'innovation d'être le véritable guichet unique.

D’autre part, l'OCDE juge les incitations fiscales insuffisantes au Maroc et recommande de les multiplier par exemple sous forme de crédit d'impôt recherche ou de déduction fiscale sur le volume des dépenses en innovation, afin de stimuler l'investissement privé et de contribuer à lever les défaillances de marché.

L'institution conseille aussi de mettre en place des incitations dédiées spécialement aux petites et moyennes entreprises (PME) comme les provisions pour reports fiscaux, des réductions des contributions de sécurité sociale ou des retenues d'impôts sur salaires pour le personnel dédié à la recherche.

Une autre problématique structurelle affectant le développement économique se traduit par l’accumulation de compétences disponibles qui ne répondent pas aux attentes du marché de l'emploi et qui sont sous-utilisées, sachant que 60% de la population active est sans diplôme et près de 25% des diplômés sont chômeurs.
Non seulement le niveau de capital humain est faible, avec seulement 6% de la population qui justifie d'un niveau d'enseignement supérieur, mais en plus cette main d'œuvre ne participe que faiblement au marché du travail alors que le taux d'activité ne cesse de baisser et, paradoxalement, le nombre de personnes en âge de travailler est en constante augmentation.

Cette situation préoccupante s’explique par une inadéquation qualitative entre l'offre de formation et la demande d'emploi, qui s’accentue de plus en plus. L’exemple du secteur de l’agriculture est révélateur à ce sujet puisque 40% de la population marocaine travaille dans ce domaine, alors que la formation y est très limitée.

Pour résoudre ces paradoxes, l'OCDE recommande d'augmenter l’offre de formation dans les filières techniques et universitaires, de mieux anticiper les besoins en compétences sur le marché du travail, et de revoir les politiques d'activation de compétences disponibles.

En outre, le rapport pointe les défaillances des politiques actives de promotion de l'emploi et estime que le système d'information capable de faire le lien entre formation et marché de l'emploi est incomplet.

Elle préconise de mettre en place un portail d'information en ligne, sur le modèle du Canada ou du Pérou, et de développer les mécanismes d'orientation professionnelle. Il est également nécessaire d'agir sur le taux d'emploi des femmes, qui ne composent que 26% de la population active, selon un rapport établi par la Banque Mondiale en 2018.

Autre problème plus crucial à la base, celui de la faiblesse de la qualité de l'éducation au Maroc où les perspectives sont plutôt pessimistes, surtout que toutes les données révèlent que, d'ici 2020, le Maroc n'aura pas atteint le nombre d'années de scolarisation associé à un niveau de développement moyen normal. Selon le Haut-commissariat au plan (HCP), ce nombre d'années d'études de la population âgée de 25 ans est actuellement faible et marqué de grandes inégalités, selon le milieu de résidence ou de genre.
Pour l'OCDE, le système n'est pas efficient car les ressources financières sont, certes, élevées (5,6% du PIB, soit 55,3 MMDH), mais peu productives.

Ces fonds sont accaparés à 80% par l'Education nationale, alors que l'enseignement supérieur ne bénéficie que de 17% et la formation professionnelle de 4% seulement. Ces dépenses publiques mal réparties et, calculées par élève, s’avèrent inférieures à celles des autres pays de comparaison. Les enseignants monopolisent 86% des dépenses de l'éducation, alors qu’elles ne sont que de 77% dans les pays de l'OCDE.

De plus, le manque d’enseignants, dû au vaste programme de retraite anticipée lancé au milieu des années 2000, sera aggravé par 32000 départs attendus d'ici 2020.

En outre, ces enseignants, déjà peu nombreux sont peu qualifiés du fait que le système de leur formation initiale présente des lacunes et des dysfonctionnements malgré la réforme engagée en 2007.

Du point de vue de la gouvernance, l'OCDE déplore la gestion du système qui reste très centralisée, malgré les processus de décentralisation et de régionalisation avancée qui traîne toujours, ce qui ne permet pas une participation des collectivités locales dans la gestion opérationnelle des établissements scolaires.
Outre la mise en place d'une réelle coordination régionale, le rapport recommande de revoir les systèmes d'évaluation des administrations, des professeurs et des élèves, qui ne sont pas suffisamment basés sur les compétences.

Par ailleurs, s’agissant des nombreuses stratégies sectorielles, telles que le Plan d'accélération industrielle, le Plan Maroc Vert, le Plan logistique, le rapport déplore qu'elles ne se traduisent pas en objectifs et priorités clairement définies et partagées. Il recommande d'établir un document d'orientation de politique générale à long terme, pour fédérer et arbitrer entre les différentes stratégies sectorielles. Prenant l'exemple de la promotion des exportations, l’OCDE estime que la multiplicité des initiatives et des acteurs impliqués pose la question de leur complémentarité et de leur synergie.

Concernant particulièrement le Plan Maroc Vert, hautement stratégique au vu du poids de l'agriculture dans le PIB marocain, l'OCDE regrette qu'il ait été élaboré par un bureau d'étude et le cabinet du premier ministre sans implication des parties prenantes telles que les départements ministériels ou la société civile.

A l'inverse, la population locale avait participé à l'élaboration de l’initiative nationale de développement humain (INDH à travers des représentants du secteur, des associations et des élus.

Les faiblesses de la politique industrielle, qui ambitionne de créer 71 000 emplois par an, sont également pointées par l'OCDE. Si l'institution reconnaît que cette politique a connu un certain succès, notamment en réussissant à développer de nouvelles filières d'activité et le concept d'écosystème, aujourd'hui largement reconnu, elle déplore qu'aucune analyse de bilan et des limites de l'ancien plan national de l'Emergence industrielle, n'aient été faites. Cela constitue un symptôme du faible suivi par l'administration.

Par ailleurs, les liens entre les stratégies sectorielles sont rares et n'affichent pas une cohérence d'ensemble. Par exemple, la stratégie logistique ne fait pas référence aux aspects relatifs à l'efficacité énergétique, filière clé du Transport. Elle n'est pas non plus liée au Plan Maroc Vert, malgré les synergies évidentes entre l'agriculture et l'efficacité énergétique.

La situation budgétaire du pays inquiète aussi l’OCDE qui relève que le Maroc connait une certaine prolifération de réformes budgétaires originales dont certaines entravent la cohérence de l'action publique.
Plus précisément, les comptes spéciaux du trésor (CST) qui représentent 26% du budget de l'Etat, destinés à la mise en œuvre des orientations du gouvernement et à l'allocation des ressources budgétaires, ne respectent pas le principe d'unité budgétaire, ce qui altère la visibilité sur l'affectation d'une part importante des dépenses de l'Etat aux politiques publiques.

Il est également nécessaire d'améliorer la gouvernance budgétaire locale, dans le cadre de la régionalisation avancée.

Enfin, l'OCDE se penche sur les failles de l'administration marocaine, estimant que celle-ci doit être davantage au service des citoyens pour restaurer la relation de confiance.

Par : dr.aBdelhak BAKHAT

Le Journal De Tanger



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