News 18ème Festival National du Film de Tanger. Le tiercé gagnant : Trois films sortent du lot
(Catégorie Art & Culture)
Posté par Administrateur
الاثنين 20 مارس 2017 - 09:42:09

Le 20-03-2017 à 09:30:09

Le cinéma marocain: L’argent des autres...(film français 1978)
On ne peut pas dire, mais les réalisateurs et réalisatrices marocains ne manquent pas de conviction et de séduction pour le montage financier de leurs projets.

Une grande partie des films présentés ont pu voir le jour grâce à des financements étrangers aux cotés de la bien seule CCM et quelques touches timides des télévisions locales. Il parait qu’un jour, les Région du Royaume apporteront leur soutien à la production cinématographique. Pour dire, un exemple français, même la Région Bretagne a participé à un film dans lequel il n’y a pas l’ombre d’un menhir ni l’illusion d’une coiffe bigouden, encore moins le bulbe d’un chou-fleur. Vraiment, bravo donc pour ce soutien à la création et pour ce côté persuasif des créateurs et créatrices marocains, mais attention à ne pas exagérer car après on pourrait entendre ici ou là qu’une nouvelle colonisation par la culture serait en route.

Des sujets imposés?
Quant aux histoires racontées, on peut se demander où sont les scénaristes ou qui sont les vrais scénaristes? S’agit-il de films de commandes? De qui?
C’est vrai, on peut se demander s’il n’y a pas des sujets imposés.. Des histoires autours de héros mutilés ou handicapés, un aveugle, une autre avec un manchot, une autre avec un trisomique, on y ajoute la migration et le déracinement, le souvenir de la guerre, la misère et la dévotion et on a l’éventail des réjouissances.

Pourtant coté production littéraire, il y a chez les auteurs écrivains marocains une richesse d’idées qui pourraient faire l’objet d’adaptations originales, mais non, on adapte pas ici.

Bref, 3 films tirent leur épingle du jeu.
Le lauréat «Une pluie de sueur» Grand Prix qui décroche aussi le Prix d’interprétation féminine et le meilleur second rôle masculin, avec le Prix de la critique.
Hakim Bellabes signe cette fresque sur la pauvreté paysanne avec un jeu d’acteurs que tout le monde a reconnu magnifique, les deux prix l’attestent.

Mais tout est beau chez Bellabes, la pauvreté est belle aussi,comme le fils handicapé trisomique qui garde ses moutons et devient laboureur..

A un moment, on croit voir le tableau de Millet et entendre cette poésie de Victor Hugo: "le geste du semeur".
«..../Dans les terres de nuit baignées,
Je contemple, ému, les haillons d'un homme qui jette à poignées la moisson future aux sillons..... Il marche dans la plaine immense,va, vient, lance la graine au loin, rouvre sa main et recommence.../
En tout cas, les images nature le sont, belles . Les plans séquences et le rythme ne permettent pas au spectateur de relâcher une minute nous sommes des témoins passifs attentionnés. Et le film se déroule sur 2 heures.

Bellabes a commencé sa carrière en réalisant des documentaires, on le remarque dans cette ode au courage, à l’espoir, à la croyance,dans la précision dans le jeu, mais aussi dans le déroulé de l’histoire bien écrite qui aurait pu se terminer au Paradis.

Alors, ce paysan humanoïde modèle, personnage central sera-t-il récompensé par sa persévérance, son attachement à son lopin de terre, l’eau tant attendue viendra-t-elle pour sauver la récolte après cette pluie de sueur?
Le film est produit par Ali’N Productions, on peut penser qu’il passera les frontières sans souci, le contenu philosophique de l’histoire est un message universel.

Prix Spécial du jury
On peut dire Grand Prix ex aequo en fait .
C’est Hicham Lasri qui l’emporte avec «Headbang Lullaby».
Vraiment un électron à part dans l’univers cinématographique marocain Hicham Lasri, et c'est tant mieux.
Il choisit pour titre de son film Headbang Lullaby. Il faut comprendre que le headbang est un type de danse avec des mouvements de la tête plutôt violents et Lullaby se traduit par chanson douce pour enfants...Alors voilà, la direction de l’histoire est donnée.
Lasri déclarait il y a peu: «On a toujours l'impression qu'on attend qu'on fasse toujours du cinéma social, un cinéma utilitaire, qui permet de dire “ok, on explique des choses” par rapport à nos sociétés. Or moi, je suis un enfant de Mad Max, de Terminator et de Predator».
Dans ce film, on retrouve surtout un univers et des profils de personnages comme dans les films de Kusturica, pour ne pas dire Fellini.
Aziz Hattab très convaincant reçoit le Prix du premier rôle masculin.
De chaque coté d’un pont, deux tribus, en fait, entendez groupe de personnes vivant dans la même zone, deux villages quoi. Quel délice de voir intervenir chacune, chacun des individus dans des moments de vie sans intimité mais dans une tension partagée à l’approche de l’hypothétique passage du Roi. Une folie douce emballée dans une photo artistique à la Almodovar.

Le patriarche mal aimé de La nuit ardente?
Un des films très attendus était «La nuit ardente», le cinéma d’Hamid Benani. Oui, il faut dire le cinéma de Monsieur Bénani. Avec Latif Lalhou, il fut le premier cinéaste marocain à sortir un long métrage , c’était en 1969, année de naissance du cinéma au Maroc.

Bénani prend son temps, son film a connu une gestation assez longue et au final c’est bénéfique. Son film est un film à montrer aux élèves, futurs cinéastes. Le scénario tient la route, une histoire écrite pour le cinéma, des personnages dirigés par un Maître passionné par Luis Bunuel, qui donne à ses comédiennes et comédiens des scènes où ils passent par toutes les expressions, la joie, la douleur, la violence, l’étonnement, l’anxiété....

Quant au sujet, la réalité d’une vie de famille traditionnelle, d’une bourgeoisie en décadence. Le conflit de générations, un père autoritaire conservateur et des enfants ouverts sur le monde moderne, en rébellion, refusant le carcan rigoriste imposé.

Chacun prend son chemin finalement, et choisit sa vie, l’amour, l’homosexualité, la prostitution, la trahison, la rupture, la mort sont au rendez-vous de toutes ces vies rendues à l’écran avec une crédibilité sans faille. Un bon moment récompensé uniquement par le Prix du deuxième rôle féminin attribué à l’actrice Sandya Tadjin qui montra seule sur le podium pour recevoir sa récompense..!

Par : NM

Le Journal De Tanger



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