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Benkirane – El Othmani : des frères-ennemis ?

Benkirane – El Othmani : des frères-ennemis ?

Le 24-04-2017 à 11:58:24

C’est la question qui revient sur les lèvres de tous les observateurs depuis le remerciement d’Abdelilah Benkirane, puis son remplacement, 48 heures après, par Saâdeddine El Othmani.

En effet, depuis la désignation du gouvernement El Othmani par le Roi Mohammed VI, les coups de boutoir pleuvent sur le nouveau chef du gouvernement, accusé de tous les maux possibles, avec tous les mots imaginables, et même imaginaires.

Mais, selon le secrétaire général adjoint du PJD Slimane El Omrani, tout va pour le mieux, dans le meilleur des mondes.

Questionné sur le spectaculaire chassé-croisé de visites rendues au domicile de chacun des deux protagonistes, ces visites, les uns, du parti et d’ailleurs, se rendant chez Saadeddine Elotmani, alors que d’autres, membres du PJD ou non, s’invitant chez Abdelilah Benkirane, seraient, El Omrani estime que c’est tout à fait dans l’ordre des choses : « Il n’y a aucun mal à cela », estime-t-il, ajoutant : « Les visites des sympathisants chez chacun des deux responsables, à son domicile privé, répond à une logique, que les gens tendancieux entendent occulter, puis à présenter sous un angle contraire à la vérité. En effet, ces visites simultanées sont des marques de respect et de soutien à chacun dans la fonction qu’il occupe, et elles sont effectuées à l’initiative des visiteurs».
Rien à dire si l’on ne percevait pas, tout de même, un semblant de lutte sourde et muette entre les numéros 1et 2 du PJD.

A Cela, Slimane Elomrani a également une explication : « Revenez à ce qui a été dit par chacun d’eux lors des rencontres tenues avec la Jeunesse du parti ou des parlementaires, et vous vous ferez une opinion, en dépit des divergences entre les deux hommes sur certains points. Aussi, la guerre de ‘recrutements’, ou ‘d’influence’ entre El Othmani et Benkirane n’existe que dans l’esprit de ceux qui en parlent ».

Or, ce sont précisément ces « divergences » qui ont dérapé, puis débordé du cadre bien fermé du PJD.

Enfin, pour la tenue du Conseil national extraordinaire, pour lequel son président et également chef du gouvernement est accusé d’atermoiements, El Omrani fait une simple lecture des statuts du PJD : « Le CN extraordinaire se tient sur convocation du secrétariat général, avec ou sans le nombre minimum de signatures requises… ».

Cela étant, et au risque de prendre les explications d’El Omrani avec des pincettes, il est notoire au sein du PJD que les deux hommes, Abdelilah Benkirane et Saâdeddine el Othmani se vouent bel et bien une certaine animosité. Cela ne va pas jusqu’à la haine ou à la détestation, mais le conflit existe bel et bien, et le remplacement du premier par le second n’a rien arrangé. Bien au contraire et cela ne date pas d’hier puisque l’histoire nous le dit !

Pour faire très court, les deux hommes ont conduit dans les années 90 le basculement de leur mouvance de la quasi-clandestinité à la lumière du jour, passant de l’action associative discrète, voire secrète, à l’activité partisane au grand jour, sous la férule du Dr Abdelkrim el Khatib. Plus tard, El Othmani a été l’architecte de la remise en selle du PJD après les attentats du 16 mai 2003, quand il avait été question de sa dissolution institutionnelle.

En 2004, adoubé par El Khatib qui avait décidé de se retirer, Saâdeddine El Othmani avait été élu secrétaire général, à la grande colère de Benkirane ; et en 2013, l’éviction d’El Othmani de son poste de ministre des Affaires étrangères avait été très mal vécue par lui.

Aujourd’hui, on peut affirmer que Benkirane ne s’attendait ni ne voulait être écarté, surtout de la manière dont il l’a été. Et sa stupeur de l’avoir été, voire sa douleur, n’a d’égale que sa colère d’avoir vu El Othmani le remplacer, puis d’assister à la (rapide) formation de son gouvernement.
Benkirane voulait sortir par le haut, mais il a tellement fait monter les enchères qu’il est tombé de très haut. El Othmani, quant à lui, tombé très bas après son départ du gouvernement en 2013, et reparti donc d’en bas, sait faire profil bas pour arriver à ses fins. Il n’est pas psy pour rien ! Et nous assistons à cette phase d’animosité désormais entre les deux hommes, une animosité qui risque de gagner en puissance avec le temps.

Le proche avenir nous dira si les deux frères-ennemis sortiront leur jeu au grand jour…au risque de porter préjudice au parti de la Lampe !.

Photo : DR




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